Abracadabra !
Par soto le lundi 11 juin 2007, 11:22 - Enjeux socio-cognitifs - Lien permanent
Grâce à un
rappel mémoriel de Christian Fauré, j'ai finalement regardé ce week-end les
vidéos en ligne
issuent de la récente université d'été de printemps de la FING
consacrée au thème très à la mode de l'innovation et intitulée
"Apprentis sorciers ?".
On peux y voir plusieurs interventions fort intéressantes, bien qu'un peu trop rapides à mon goût (is the medium the message ?), dont une de Bernard Stiegler portant sur la nouvelle figure de l'amateur, ou encore celle de Clarisse Herrenschimdt nous invitant à un regard historique et sémiotique passionnant sur ce qu'elle nous présente comme étant une révolution du code informatique. Au passage, j'ai eu le plaisir d'y trouver une confirmation de certaines de mes intuitions travaillées concernant la fondation gestuelle de l'origine des nombres.
Cette invocation rhétorique du "sorcier" moderne, que je trouve tout à fait pertinente, ici associée à l'innovation, m'évoque plusieurs références :
- Une des première note, très succinte, sur ce blogue mettant en relation "Le
désenchantement du monde" de Marcel Gauchet / "Réenchanter
le monde : La valeur esprit contre le populisme industriel
"*, de Ars Industrialis et Bernard Stiegler.
- La profusion actuelle d'oxymorons (ou paradoxismes), comme par exemple, et je vous laisse le soin de compléter la liste, la notion de "révolution conservatrice", figure de style qui jadis était plutôt la marque des poètes, qui en désignant des réalités contradictoires, exprimaient ainsi une dimension vitale, inconcevable et transcendantale.
- "La
sorcellerie capitaliste : Pratiques de désenvoûtement
"*, un ouvrage d'Isabelle Stengers, tentant de nous donner de nouvelles armes pour penser "ce système qui s’invente en permanence et nous saisit à travers des alternatives infernales, du type : « Si vous demandez des droits supplémentaires, une augmentation de salaire, vous favorisez les délocalisations et le chômage. »".
Dans le cadre de l'innovation, vouloir mettre en relation directe le système productif et le consommateur, comme le veulent certains, en une sorte de rétro-marketing, et que cela soit sur un mode "top-down" classique, ou "bottum-up" comme le veut la tendance de l'"Internet 2.0" (on parlera ici en anglais de "crowdsourcing"), ou encore plus intelligemment en conjugant les deux approches, n'est-ce pas de toute façon cours circuiter implicitement la légitimité du savoir et de la connaissance scientifique, le fragile mystère de la création artistique, dont la principale marque éthique est un certain désintéressement (le vrai nom du dévouement pour Victor Hugo) ?!
Ce court-circuit aurait donc pour effet à terme d'annihiler complètement la créativité, et donc d'être contre-productif (cf. Illich). Peut-être est-ce même ce qui est déjà en train de se produire ?! Feu Ivan Illich, disciple de Jacques Ellul, et dont l'une des thèses est que la technique occupe aujourd'hui la place de la religion au sein même de notre culture d'origine chrétienne...
Alors, tous "apprentis sorciers" ?!
Pratiquant moi-même, non la sorcellerie, mais la prestidigitation, je vais vous livrez le "truc", mais vous devez me promettre de le garder bien secret !... Très bien, rapprochez-vous... voici : tout est dans la gestion de l'attention.
En route, donc, vers une société, et non pas qu'une économie, de l'attention et du soin, c'est à dire de l'attention à l'attention ou attention de second ordre (attention²) !
Rem : "*" = lien vers l'ouvrage sur amazon.fr ("à vot' bon coeur m'sieurs dames").

