Je viens de découvrir le projet gouvernemental "Base élèves premier degré" qui, après une période de test de plusieurs années, va bientôt rentrer en phase de déploiement national à partir de la rentrée scolaire 2007. J'avoue n'en avoir jamais entendu parlé, et apparemment je ne suis pas le seul, mais ne travaillant pas dans l'éducation nationale ou un secteur attenant, c'est donc en béotien que je vous soumet cette information, qui m'a néanmoins, en tant que simple citoyen, mis en éveille, les indices s'ajoutant aux indices.
De quoi s'agit-il ? Voici la présentation qui en est faite sur un document de l'Inspection Académique de Moselle :"Le ministère de l'Éducation nationale met en oeuvre un système d'information appelé« Base élève premier degré » pour aider à la gestion des élèves et au pilotage académique du premier degré. Les informations peuvent être partagées avec les communes et portent sur les effectifs d'élèves et les différentes caractéristiques des écoles maternelles et élémentaires. Cette application fonctionne en ligne, est gratuite, sécurisée, et accessible depuis n’importe quel ordinateur disposant d’une connexion haut débit. Elle favorise la communication entre tous les partenaires quant à la gestion et au suivi des effectifs.
Dans le cadre de la loi organique relative à la loi de finances (LOLF), ces éléments aident à rendre compte avec exactitude des moyens utilisés et des résultats obtenus." D'autres information sont disponible sur le site eduSCOL.
Or, monsieur Gilles de Robien et le Ministère de l'Education Nationale viennent, pour cette initiative, de se voir décernés en janvier dernier un prix spécial par l'ONG internationale Privaty International (dont je vous parlais dans un précédent article consacré au classement de Google comme "dernier de la classe" en matière de respect de la vie privée) : celui du Big Brother Award France 2006, catégorie "Etat & Elus" :
"Ce fichier nominatif destiné aux élèves de la maternelle à la primaire (3 à 10 ans !), première maillon du fichage républicain, est déployé avec zèle par les services de l’éducation nationale malgré le risque évident de fuites et d’utilisation abusive notamment par les services de police ou d’immigration."
D'après mes informations, voici quelques champs dont on demande le renseignement :
- les "origines" géographiques de l’enfant (nationalité, pays d’origine, date d’arrivée en France), la langue parlée à la maison, la culture d’origine,
- un volet « Besoins Educatifs » consigne toutes les données personnalisées de l’enfant, qui jusqu’ici restaient confidentielles : ses difficultés scolaires, suivis R.A.S.E.D. (Réseaux d’Aides Spécialisées aux Elèves en Difficulté, projet d’accueil individualisé, intégration en CLIS (Classes d’intégration scolaire de vie scolaire), SAPAD (services d’assistance pédagogique à domicile) ...
- son absentéisme,
- la situation de sa famille (suivi social).
Si le sujet vous interpelle, je vous signale que la Ligue des Droits de l'Homme de Toulon, tiens une rubrique qui à l'air bien documentée sur le sujet.
Il me semble difficile de ne pas faire le rapprochement avec deux pétitions concernant les troubles de conduite chez les enfants :
- Celle du collectif "Pas de 0 de conduite pour les enfants de 3 ans !", initiée l'année dernière, qui a obtenu que l'INSERM refonde ses méthodes d'expertise, comme quoi la mobilisation intelligente et concertée paye,
- Et celle actuelle, dont je parle ici très régulièrement, à l'initiative des fondateurs de l'association Ars Industrialis, dont fait parti le philosophe Bernard Stiegler, intitulée : "Faire attention - Pour une nouvelle politique éducative". Je précise que j'en suis également membre.
Toutes deux critiquent fermement l'expertise unilatérale de l'INSERM, concluant à une origine génétique de ces troubles, et, en tout cas pour la deuxième, appelant au débat national et international concernant le rôle majeur joué par le couplage entre les industries de programmes (télévision, appareils communicants, etc.) et le marketing associé à la publicité dans la captation excessive de nos "temps de cerveau disponibles", entraînant irrémédiablement une destruction de l'attention des plus vulnérables et des plus jeunes.
En terme systémiques, il me semble clair que la volonté de contrôle du gouvernement est inversement proportionnelle à l'implication des citoyens que nous sommes pour débattre publiquement et le plus généralement possible de ces questions de la plus haute importance pour l'équilibre social.
En conclusion, si nous mettons en regard toutes ces informations d'actualité concernant le comportement des institutions du secteur "privé" (?), exemplifié par Google, et ici du secteur public, nous ne pouvons plus ne pas voir qu'il y a là un véritable danger de dérive unilatérale, car sans contre-pouvoir. Nous sommes en train de glisser, insidieusement, vers une société du contrôle et d'exclusion, à très forte tendance auto-destructrice.
Tout cela, encore une fois, est grave et je vous appel à la réflexion et à l'engagement citoyen. Ne donnons pas raison à tous ceux qui assimilent injustement l'individualisme à l'égoïsme.
"Pour triompher, le mal n'a besoin que d'une seule chose... que les gens de bien ne fasse rien !" [Albert Einstein].
Dans mon 
:P



