Chroniques d'un scybernéthicien [sotoBlogue]

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lundi 18 juin 2007

Débat vs. Contrôle : le projet gouvernemental "Base élèves"


Je viens de découvrir le projet gouvernemental "Base élèves premier degré" qui, après une période de test de plusieurs années, va bientôt rentrer en phase de déploiement national à partir de la rentrée scolaire 2007. J'avoue n'en avoir jamais entendu parlé, et apparemment je ne suis pas le seul, mais ne travaillant pas dans l'éducation nationale ou un secteur attenant, c'est donc en béotien que je vous soumet cette information, qui m'a néanmoins, en tant que simple citoyen, mis en éveille, les indices s'ajoutant aux indices.

De quoi s'agit-il ? Voici la présentation qui en est faite sur un document de l'Inspection Académique de Moselle :

"Le ministère de l'Éducation nationale met en oeuvre un système d'information appelé« Base élève premier degré » pour aider à la gestion des élèves et au pilotage académique du premier degré. Les informations peuvent être partagées avec les communes et portent sur les effectifs d'élèves et les différentes caractéristiques des écoles maternelles et élémentaires. Cette application fonctionne en ligne, est gratuite, sécurisée, et accessible depuis n’importe quel ordinateur disposant d’une connexion haut débit. Elle favorise la communication entre tous les partenaires quant à la gestion et au suivi des effectifs.

Dans le cadre de la loi organique relative à la loi de finances (LOLF), ces éléments aident à rendre compte avec exactitude des moyens utilisés et des résultats obtenus." D'autres information sont disponible sur le site eduSCOL.

 

Or, monsieur Gilles de Robien et le Ministère de l'Education Nationale viennent, pour cette initiative, de se voir décernés en janvier dernier un prix spécial par l'ONG internationale Privaty International (dont je vous parlais dans un précédent article consacré au classement de Google comme "dernier de la classe" en matière de respect de la vie privée) : celui du Big Brother Award France 2006, catégorie "Etat & Elus" :

"Ce fichier nominatif destiné aux élèves de la maternelle à la primaire (3 à 10 ans !), première maillon du fichage républicain, est déployé avec zèle par les services de l’éducation nationale malgré le risque évident de fuites et d’utilisation abusive notamment par les services de police ou d’immigration."

D'après mes informations, voici quelques champs dont on demande le renseignement :
  • les "origines" géographiques de l’enfant (nationalité, pays d’origine, date d’arrivée en France), la langue parlée à la maison, la culture d’origine,
  • un volet « Besoins Educatifs » consigne toutes les données personnalisées de l’enfant, qui jusqu’ici restaient confidentielles : ses difficultés scolaires, suivis R.A.S.E.D. (Réseaux d’Aides Spécialisées aux Elèves en Difficulté, projet d’accueil individualisé, intégration en CLIS (Classes d’intégration scolaire de vie scolaire), SAPAD (services d’assistance pédagogique à domicile) ...
  • son absentéisme,
  • la situation de sa famille (suivi social).
Les renseignements de Base-élève sont en principe anonymement centralisés à Orléans, sachant que « l'anonymat peut-être levé en fonction des besoins de l'administration » et que la Loi de prévention de la délinquance impose le partage d’informations entre les différents acteurs sociaux, les professionnels de la santé, les enseignants, les professionnels de la police, les magistrats, et le maire de la commune.

Si le sujet vous interpelle, je vous signale que la Ligue des Droits de l'Homme de Toulon, tiens une rubrique qui à l'air bien documentée sur le sujet.

Il me semble difficile de ne pas faire le rapprochement avec deux pétitions concernant les troubles de conduite chez les enfants :
  1. Celle du collectif "Pas de 0 de conduite pour les enfants de 3 ans !", initiée l'année dernière, qui a obtenu que l'INSERM refonde ses méthodes d'expertise, comme quoi la mobilisation intelligente et concertée paye,
  2. Et celle actuelle, dont je parle ici très régulièrement, à l'initiative des fondateurs de l'association Ars Industrialis, dont fait parti le philosophe Bernard Stiegler, intitulée : "Faire attention - Pour une nouvelle politique éducative". Je précise que j'en suis également membre.
 
Toutes deux critiquent fermement l'expertise unilatérale de l'INSERM, concluant à une origine génétique de ces troubles, et, en tout cas pour la deuxième, appelant au débat national et international concernant le rôle majeur joué par le couplage entre les industries de programmes (télévision, appareils communicants, etc.) et le marketing associé à la publicité dans la captation excessive de nos "temps de cerveau disponibles", entraînant irrémédiablement une destruction de l'attention des plus vulnérables et des plus jeunes.

En terme systémiques, il me semble clair que la volonté de contrôle du gouvernement est inversement proportionnelle à l'implication des citoyens que nous sommes pour débattre publiquement et le plus généralement possible de ces questions de la plus haute importance pour l'équilibre social.

En conclusion, si nous mettons en regard toutes ces informations d'actualité concernant le comportement des institutions du secteur "privé" (?), exemplifié par Google, et ici du secteur public, nous ne pouvons plus ne pas voir qu'il y a là un véritable danger de dérive unilatérale, car sans contre-pouvoir. Nous sommes en train de glisser, insidieusement, vers une société du contrôle et d'exclusion, à très forte tendance auto-destructrice.

Tout cela, encore une fois, est grave et je vous appel à la réflexion et à l'engagement citoyen. Ne donnons pas raison à tous ceux qui assimilent injustement l'individualisme à l'égoïsme.

"Pour triompher, le mal n'a besoin que d'une seule chose... que les gens de bien ne fasse rien !" [Albert Einstein].
 

jeudi 14 juin 2007

Eco-techno-logie des esprits : des technologies informatiques psychanalytiques vers une société de l'apprentissage et de la connaissance


Dans mon précédent article, quelque peu caustique, je vous invitais à une réflexion concernant l'ambigüité et les comportements paradoxaux induits typiquement par nos rapports à ce qui est aujourd'hui devenu, et en l'espace d'une petite dizaine d'années, la première marque mondiale de la planète, et ce devant Microsoft, General Motors ou encore Coca-Cola, à savoir 9@@913. Google, qui vient, suite aux interpellations dont elle fait l'objet actuellement, entre autre de la part des autorités américaines et européennes et de divers groupes de pressions activistes (un grand merci à eux), de limiter la durée de conservation de nos données personnelles à 18 mois, mais je pense que le danger principal, voir principiel, n'est pas là.

Il est dans les techniques de data mining qui sont mis en oeuvre sur ces données, permettant aux entreprises, et trop peux de gens le savent, d'extraire de masses d'informations colossales qu'elles récoltent (datamart), des régularités, en l'occurence sur nos goûts, comportements, traits de personnalités même inconscients , et ce en se passant de notre avis ou de notre consentement. Il s'agit donc de commencer par reconnaître la dimension "cognitive" et intrusive de ces technologies de captation et d'influences sur nos psychismes et nos vie privées.

L'un des premiers exemples historique d'application de ces technologies fut fait par les magazins Wal-Mart sur les millions de tickets de caisse dont ils disposaient. Une très forte corrélation entre l’achat de couches pour bébés et de bière, spécifiquement le samedi après-midi, fut constatée. Les analystes s’aperçurent alors qu’il s’agissait des messieurs qui étaient envoyés au magasin par leur dame ce jour là pour acheter les volumineux paquets de couches pour bébé. Les rayons furent donc réorganisés pour présenter côte à côte les couches et les packs de bière… dont les ventes grimpèrent en flèche !

Les technologies informatiques employées par le data mining font appel aux techniques classiques de statistique de l'analyse de données, mais aussi à des techniques de traitements plus récentes et plus sophistiquées comme les réseaux de "neurones formels", les algorithmes "génétiques" et d'autres techniques "heuristiques" (Je tiens particulièrement à ces guillemets, car ce ne sont que des noms métaphoriques, ne vous laissez pas abuser).

Ne pensez pas qu'il s'agisse de technologies expérimentales : elles sont, depuis les années 80, tout à fait opérationnelles, et permettent par exemple d'aider à, je cite :
"
  • Accroître des taux de réponse de 20% à 200% ;
  • Identifier les 30% des clients qui représentent 70% des profits de l'entreprise ;
  • Connaître la manière dont les facteurs démographiques ou autres influent sur les ventes ;
  • Réduire les coûts Marketing et mesurer le succès d'une campagne Marketing ;
  • Optimiser l'impact commercial des sites e-business par une compréhension du comportement des visiteurs ;
  • Déterminer le taux de conversion des visiteurs vers les acheteurs de produits sur sites web ;
  • Calculer le taux d'acquisition d'un nouveau client ;
  • Savoir qui achète quoi dans un site web ;
  • Déterminer les aires des sites web qui ont un impact faible ou élevé ;
  • ..."  (notez le "...")
Ce qui vient d'être dit pour le web est bien sûr valable pour toute masse suffisemment importante de données collectées, mais sur l'Internet, l'énorme avantage est la relation directe entre une population importante de personnes et le dispositif numérique "derrière l'interface" (engl. "back office"), permettant notamment la saisie des données par le client lui-même.

Le marché du data mining est actuellement en très forte progression, suite à la fameuse guerre concurrentielle que se livrent actuellement les entreprises sur toute la planète pour rester "compétitives". Ce n'est pas un hasard si le célèbre MIT Technological Review considèrait en 2002 ces technologies comme l'un des dix grands enjeux du siècle.

Nous avons donc bien affaire à de véritable technologies psych-analytiques de masse dont il est facile d'imaginer qu'elles intéressent non seulement la publicité, la mercatique (engl. marketing), la gestion client (CRM), mais aussi les dirigeants et les décideurs de tout bord. Elles nous posent aujourd'hui de très graves questions démocratiques concernant la relation entre vie publique et vie privée, liberté d'opinion et de comportement, questions que l'on retrouve plus visiblement dans le rapport actuel tendu entre phénomène politique et religieux, et qui, de mon point de vue, ne peuvent plus être éludées dans le débat publique, au risque d'une schizophrénie généralisée (cf. en forte résonance, la notion de schismogénèse développée par Gregory Bateson).

Au passage, nous pouvons noter le rôle historique troublant qu'ont jouées, au début du siècle dernier, les théories de Freud, importées et instrumentalisées par son neveu Edward Bernays, initiateur de l'ancêtre de la mercatique actuelle appellée alors pudiquement "relation publique" ("public relation") puis par sa fille Anna, au profit de la résolution de la crise très grave de surproduction que traversait les Etats-Unis à ce moment là. Une politique de contrôle des masses, une "ingénierie du consentement", à vocation pacifiante, par couplage de produits et de services avec les émotions et les instincts s'en ai suivi. Pour une excellente rétrospective de cette histoire trouble des relations entre mercatique, politique et théories psychologiques, voir la série télévisuelle "The century of the self" d'Adam Curtis produit par le BBC (Best Documentary Series, Broadcast Awards, Historical Film Of The Year, Longman-History Today Awards) en quatres épisodes et, vous êtes vraiement extrêmement gâtés (merci ki ?!, regardez d'où viennent les vidéos), visible maintenant ici (in english). Un must à regarder "à tout prix" :


Episode 1 : Happiness Machines (Les machines du bonheur)





Episode 2 : The Engineering of Consent (L'ingénierie du consentement)





Episode 3 : There is a Policeman Inside All Our Heads: He Must Be Destroyed (Il y a un policier à l'intérieur de toutes nos têtes, il doit être détruit)





Episode 4 : Eight People Sipping Wine in Kettering (Huit personnes dégustant du vin à Kettering)





L'une des leçons simple, me semble-t-il, que nous pouvons tirer aujourd'hui de la mondialisation est la mise en évidence croissante, au sein même de nos éco-systèmes hyper-industriels et culturels, de l'interdépendance entre êtres humains, mais aussi entre êtres vivants et machines (entre humains et "non-humain" dirait Bruno Latour).

Alors, s'il vous plaït, ne passons pas à coté de cet apprentissage qui pourrait s'avérer vital.

La question est donc : comment utiliser ces outils "cognitifs" pour qu'ils puissent profiter à l'épanouissement de tous et de chacun, au service de l'avènement d'une véritable société démocratique de l'apprentissage et de la connaissance, que nous sommes nombreux aujourd'hui à appeller de nos voeux.
 

mercredi 13 juin 2007

Aidons Google à ne pas redoubler (éducation 2.0)

 

Une fois n'est pas coutûme, un peu de légèreté (hi, hi) :

"Les pratiques de Google en matière de respect de la vie privée sont les pires de toutes les destinations populaires sur Internet, selon un groupe de surveillance de l’industrie.

Cherchant ainsi à préciser l’attention portée récemment sur les façons dont le moteur de recherche gère les renseignements concernant ses utilisateurs, le groupe londonien Privacy International a publié samedi un rapport sévère qui ne laisse planer aucun doute sur ses propres constatations.

Google s’est vu attribuer la pire note de l’échelle du classement (format PDF) de Privacy International. La catégorie en question à laquelle appartient le moteur de recherche est réservée aux compagnies qui «exercent une surveillance globale des consommateurs et font preuve d’une attitude hostile à l’égard du respect de la vie privée des internautes.»

Aucune autre des compagnies sondées — un groupe comprenant Yahoo, Microsoft et AOL — ne s’est abaissée à ce niveau, selon Privacy International.

Si nombre des autres compagnies Internet ont en place des politiques par fois troublantes, «aucune ne s'approche autant que Google du statut peu enviable de menace endémique à la vie privée», écrit Privacy International en explication à ses résultats.(...)"

> Lire la suite sur Canoë : Google, dernier de classe.



G@ogle, comme je le rappellais dans un précédent billet, était pourtant passé cette année chef de classe devant Micro$oft. De plus, son comportement à la happy-cantine était vraiement irréprochable.

G@@9le, qui nous abreuve, avec tant d'autres, de services "gratuits" (dont le dernier G@@9le Ge@r), qui sont, il faut bien le reconnaitre, absolument fantastiques, pourrait bien avoir de sérieux problèmes quelques soucis.

Pour une société entreprise, ou peut-être devrais-je dire une "grande personne morale", dont le slogan est, rappellons-le, "power to the people !"  "Don't be evil" (hi, hi), ce classement de dernier de la classe sonne comme une terrible injustice (c'est celui qui dit qui fait est). Eh, oui, il n'y a pas que les petits n'enfants non-virtuels, les grandes personnes "morales" ont elles aussi besoin d'éducation !

Comme l'on ne peut que très difficilement remettre en cause la probité de Privacy International, de l'Electronic Privacy Information Center (EPIC), du Center for Digital Democracy (CDD) et de l'US Public Interest Research Group par exemple, qui ont saisi officiellement les autorités américaines de la concurrence sur le sujet, la seule explication possible et valable c'est que les fautifs, c'est nous !! Comme nous l'avait justement rappellé ce petit  garnement de Gilles Châtelet, l'empirisme mercantile n'a pourtant de cesse de nous le répéter : "Mais oui ! Le marché c’est toi et moi, tu peux le rencontrer au coin de la rue"... de la grande yahourtière du village global.

Alors s'il vous plaît, aidez Google à ne plus être qu'un fils de pub : diffusez cette information et pendant que vous y êtes, par soucis d'équité et de justice économique, pratiquez la discrimination positive et consommez donc aussi un peu plus les services de ses concurrents... pffffff, ils sont fatigants, et nous avec, hi, hi !!! ;) :P

Dernière minute :

Je viens de découvrir qu'un livre téléchargeable sur le sujet, apparement riche et bien documenté, était disponible gratuitement (çà doit cacher quelque chose) sous license Creative Common : "Internet ou la fin de la vie privée" (format pdf), par Les Auteurs Associés, dont vous pourrez lire une introduction sur le site de la revue Automate Intelligents (AI ?!).

Et ne vous inquiétez pas trop, en France, au moins, nous pouvons nous endormir reposer sur les absences de moyens donnés à la ©NIL.
A ce propos, qui est-ce qui a dit que l'inquiétude, l'anxiété, voir la peur, était le moteur et le fondement des collectivités humaines ??
Demandes à 9@@913 !

>>> Et pour ne pas le devenir complètement, je vous recommande chaudement de lire le sulfureux "Vivre et penser comme des porcs", De l'incitation à l'envie et à l'ennui dans les démocraties-marchés, de Gilles Châtelet [lien Amazon.fr].

N'hésitez pas à ne pas me faire savoir si vous trouvez cet article un peu... démagogique.
 

A suivre :

En manière de diptyque, voir la suite chrono et psycho-logique de cet article.
 

lundi 11 juin 2007

Abracadabra !

Grâce à un rappel mémoriel de Christian Fauré, j'ai finalement regardé ce week-end les vidéos en ligne issuent de la récente université d'été de printemps de la FING consacrée au thème très à la mode de l'innovation et intitulée "Apprentis sorciers ?".

On peux y voir plusieurs interventions fort intéressantes, bien qu'un peu trop rapides à mon goût (is the medium the message ?), dont une de Bernard Stiegler portant sur la nouvelle figure de l'amateur, ou encore celle de Clarisse Herrenschimdt nous invitant à un regard historique et sémiotique passionnant sur ce qu'elle nous présente comme étant une révolution du code informatique. Au passage, j'ai eu le plaisir d'y trouver une confirmation de certaines de mes intuitions travaillées concernant la fondation gestuelle de l'origine des nombres.

Cette invocation rhétorique du "sorcier" moderne, que je trouve tout à fait pertinente, ici associée à l'innovation, m'évoque plusieurs références :

  1. Une des première note, très succinte, sur ce blogue mettant en relation "Le désenchantement du monde" de Marcel Gauchet / "Réenchanter le monde : La valeur esprit contre le populisme industriel"*, de Ars Industrialis et Bernard Stiegler.
  2. La profusion actuelle d'oxymorons (ou paradoxismes), comme par exemple, et je vous laisse le soin de compléter la liste, la notion de "révolution conservatrice", figure de style qui jadis était plutôt la marque des poètes, qui en désignant des réalités contradictoires, exprimaient ainsi une dimension vitale, inconcevable et transcendantale.
  3. "La sorcellerie capitaliste : Pratiques de désenvoûtement"*, un ouvrage d'Isabelle Stengers, tentant de nous donner de nouvelles armes pour penser "ce système qui s’invente en permanence et nous saisit à travers des alternatives infernales, du type : « Si vous demandez des droits supplémentaires, une augmentation de salaire, vous favorisez les délocalisations et le chômage. »".

Dans le cadre de l'innovation, vouloir mettre en relation directe le système productif et le consommateur, comme le veulent certains, en une sorte de rétro-marketing, et que cela soit sur un mode "top-down" classique, ou "bottum-up" comme le veut la tendance de l'"Internet 2.0" (on parlera ici en anglais de "crowdsourcing"), ou encore plus intelligemment en conjugant les deux approches, n'est-ce pas de toute façon cours circuiter implicitement la légitimité du savoir et de la connaissance scientifique, le fragile mystère de la création artistique, dont la principale marque éthique est un certain désintéressement (le vrai nom du dévouement pour Victor Hugo) ?!

Ce court-circuit aurait donc pour effet à terme d'annihiler complètement la créativité, et donc d'être contre-productif (cf. Illich). Peut-être est-ce même ce qui est déjà en train de se produire ?! Feu Ivan Illich, disciple de Jacques Ellul, et dont l'une des thèses est que la technique occupe aujourd'hui la place de la religion au sein même de notre culture d'origine chrétienne...

Alors, tous "apprentis sorciers" ?!

Pratiquant moi-même, non la sorcellerie, mais la prestidigitation, je vais vous livrez le "truc", mais vous devez me promettre de le garder bien secret !... Très bien, rapprochez-vous... voici : tout est dans la gestion de l'attention.

En route, donc, vers une société, et non pas qu'une économie, de l'attention et du soin, c'est à dire de l'attention à l'attention ou attention de second ordre (attention²) !

Rem : "*" = lien vers l'ouvrage sur amazon.fr ("à vot' bon coeur m'sieurs dames").

mercredi 6 juin 2007

Hypomnémata - (2) - Pixels & Contre-temps (second life)




Photo Père-Lachaise, 1995, et logiciel filtre cadre apparence bois
(dans un article de blogue).




jeudi 31 mai 2007

Invitation à signer la pétition d'Ars Industrialis - Faire attention, pour une nouvelle politique éducative


Cette action fait suite à une première réunion consacrée au même théme pour laquelle j'avais rédigé une annonce suivie d'un billet pour signaler la possibilité pour les absents d'en écouter des enregistrements en ligne.

Je vous invite donc cordialement à venir signer la pétition Ars Industrialis "Faire attention - pour une nouvelle politique éducative" :



En résumé, cet appel critique les effets délétères et destructifs des industries de programmes (télévision, téléphones portables, jeux vidéos, etc) sur nos psychismes, et tout particulièrement sur celui des plus jeunes, des plus vulnérables.  

L'association Ars Industrialis, dont je suis membre, appelle la communauté à signer et à diffuser le plus largement possible ce message afin d'inciter les pouvoirs publics à un débat national, européen, voir mondial (se référer à mon commentaire sur le dernier livre d'Al Gore, "The Assault on reason") concernant les enjeux essentiels d'une "écologie des esprits" pour le futur de nos sociétés hyper-industrielles.
Voici le début du texte rédigé par les membres fondateurs de l'association (dont Bernard Stiegler) :

"Appel de citoyens, de parents, d’éducateurs, d’élèves et d’étudiants au Président de la République et à l’Assemblée Nationale.

En Europe, « entre 1/3 et 2/3 des enfants ont désormais la télévision dans leur chambre, selon les pays et les milieux sociaux (près de 75% dans les milieux défavorisés en Angleterre). Ces chiffres s'appliquent aux enfants entre 0 et 3 ans ». (Cf Children and young people in their changing media environment, édité par Sonia Livingstone et Moira Bovill, Erlbaum ed, Mahwah, N.J et Londres, 2001).
Aux Etats-Unis, dès l’âge de trois mois, 40% des bébés regardent régulièrement la télévision, des DVD ou des enregistrements vidéo, la proportion passant à 90% à partir de deux ans : c’est ce qu’a révélé au début du mois de mai 2007 une enquête conduite par Frederic Zimmerman, publiée par la revue Pychiatrics, confirmant les résultats d’une étude qui avait établi en 2004 que des bébés exposés entre un an et trois ans aux programmes de télévision sont plus exposés au risque de souffrir d’un déficit attentionnel (attention deficit disorder) lorsqu’ils atteignent sept ans. (...)"

>>> pétition Ars Industrialis "Faire attention - pour une nouvelle politique éducative" (version française et anglaise sur la même page)


A noter : un débat public est prévu, le 23 juin 2007 au théâtre de la Colline à Paris (20ième), pour donner suite à cet appel.

Si vous n'êtes pas complètement saturés par toutes ces informations (overload-information), vos réactions et commentaires sont toujours, bien sur, les bienvenus !  :)

P.S. : Suite à un contact de Caroline Stiegler, j'ai eu le plaisir de pouvoir me rendre utile en installant, un peu dans l'urgence, cette pétition en ligne et en réalisant une proposition associée de visuel.
 

dimanche 27 mai 2007

Education, Ecologie et Approche Systémique - l'intelligence individuelle collective

 

D'aucun connait Joël De Rosnay et son célèbre ouvrage de vulgarisation systémique "Le Macroscope". J'aimerai attirer votre attention sur un texte moins connu qu'il a écrit en 1994, intitulé "Education, Ecologie et Approche Systémique".
Les habitués de la "pensée complexe" d'Edgar Morin et de Jean-Louis Le Moigne y trouverons, sans grande surprise, une forte communauté de pensée.

On peut en trouver une très bonne introduction, suivi d'un développement fort interessant, sur le site µTime explicitant la vision de la systémique comme outil d'intégration de points de vue :

"Mode de pensée encore à constituer à partir de fragments dont Rosnay nous propose une sélection scientifique (cybernétique, biologie moléculaire…) : « l'histoire et la référence à d'autres disciplines peuvent éclairer l'écologie. Par exemple le rapprochement avec l'économie, la cybernétique ou la biologie. L'écologie c'est la science de notre maison terrestre comme l'économie est la règle de gestion de cette même maison. »  Mais on ne reste pas seulement dans le domaine scientifique dans la mesure où : « l'écologie est plus qu'une discipline scientifique. Elle représente une nouvelle vision du monde et de l'homme dans la nature (...)".

N'est-ce pas ce dont nous avons en ce moment le plus grand besoin : d'un mode de pensée dépassant les extrémismes unilatéraux, crispés et focalisés, dégénérant trop souvent en émotions territoriales primaires, alors que ces dialogiques devraient nous conduire, démocratiquement, vers des ouvertures émancipatrices.

Au delà d'une écologie matérielle, c'est bien d'une écologie des esprits (cf. Bateson) dont il s'agit : apprendre à penser, apprendre à apprendre, harmoniser la respiration, aujourd'hui fortement biaisés, entre la théorie, les représentations, les abstractions (intellectuelles et sociales) et leurs indispensables ancrages pratiques, voir praxiques ; retisser la résille entre le "je", le "nous" et l'"autre", l'intégrité entre dire, penser et faire.

N'est-ce pas aussi la condition indispensable du grand buzz de la "blogosphère" et du "web 2.0" : l'intelligence collective peut-elle vraiement émerger d'autre chose que des intelligences individuelles collaboratives ?! Le problème, à mon sens, ce n'est pas l'individualisme, mais bien plutôt l'égoïsme et l'avidité, sous toutes leurs formes, et chacun d'entre nous en sais quelque chose ! ;)

Ce que j'apprécie chez ces penseurs, qui en nous apportant ces idées précieuses nous dissuadent ainsi de "vivre et penser comme des porcs" (cf. Gilles Châtelet), c'est dans un sens très simple et très fraternel, quand bien même ce terme serait galvaudé, leur humanisme.

N'hésitez pas à nous donner votre avis et votre point de vue sur ces question.

> L'introduction sur le site µTime : Education et écologie, un concept intégrateur.

> Le texte originel de Joël de Rosnay : Education, Ecologie et approche systémique.

" Le Macroscope" de Joël de Rosnay (amazon.fr).

"Vivre et penser comme des porcs" de Gilles Châtelet (amazon.fr)

Rétro-lien temporel : cet article à été rédigé la veille de la découverte de l'article du Time Magazine sur le dernier livre de Al Gore intitulé "The Assault on Reason" qui a motivé mon précédent billet que j'avais estimé prioritaire sur celui-ci.

dimanche 20 mai 2007

The Assault on Reason - Un premier pas américain vers une écologie politique des esprits ?!

La démocratie américaine seraient-elle en train de se réveiller ?! Cet article du Time Magazine, qui me semble symboliquement de la première importance, propose un extrait du prochain livre d'Al Gore intitulé "The Assault on Reason".

Dans la suite de son intervention concernant le réchauffement climatique, c'est très logiquement qu'il y développe cette fois un argumentaire en direction d'une véritable "écologie de l'esprit" (cf. Bateson).

Il y dénonce, entre autre, la manipulation de masse et l'effet catastrophique de la télécratie américaine sur le psychisme de ses compratriotes, particulièrement lors du déclenchement de la guerre en Iraq, et y rappel la responsabilité individuelle de chacun dans la lutte contre les effets délétères de ces processus socio-systémiques émergeants.

Extraits :


"American democracy is now in danger—not from any one set of ideas, but from unprecedented changes in the environment within which ideas either live and spread, or wither and die. I do not mean the physical environment; I mean what is called the public sphere, or the marketplace of ideas."

"While American television watchers were collectively devoting 100 million hours of their lives each week to these and other similar stories, our nation was in the process of more quietly making what future historians will certainly describe as a series of catastrophically mistaken decisions on issues of war and peace, the global climate and human survival, freedom and barbarity, justice and fairness. For example, hardly anyone now disagrees that the choice to invade Iraq was a grievous mistake. Yet, incredibly, all of the evidence and arguments necessary to have made the right decision were available at the time and in hindsight are glaringly obvious."

> Book Excerpt: The Assault on Reason sur le site de Time Magazine.





samedi 19 mai 2007

Pollution numérique : Signal-spam lance la traque aux courriels commerciaux non sollicités

"Il est estimé aujourd’hui qu’environ 93% des mails transitant chaque jour sur Internet sont des spams. Ce chiffre impressionnant n’est toutefois pas le fruit du hasard. La simplicité d’envoi massif d’un mail, et l’utilisation de PC zombies ne font qu’amplifier un phénomène déjà très important sur la toile. Nombreuses sont les entreprises à lutter contre cette tendance sans pour autant détruire celle-ci ; aujourd’hui, une initiative française apporte sa pierre à l’édifice en lançant le site Signal-Spam.

Signal-spam est une initiative publique et privée qui regroupe une série de partenaires dont l’AFA (Association des Fournisseurs d'Accès et de services internet), l’AFOM (Association Française des Opérateurs Mobiles), l’APRIL, La Poste, Microsoft, la Banque de France, la Gendarmerie, la CNIL ...

L'État la subventionne à 50% ; l'autre moitié est financée par des acteurs privés et publics parmi lesquels Microsoft ou le groupe La Poste. Le budget est de 200.000 euros pour les deux premières années.

L’utilisation du service est simple : tout internaute intéressé peut s'inscrire sur le site de l'association, il doit ensuite télécharger un plug-in pour son client mail ; pour l’heure, le plug-in est supporté par Mozilla Thunderbird et Microsoft Outlook. Une fois celui-ci installé, il suffit de cliquer sur un bouton « Signal Spam » pour signaler un message publicitaire. À noter qu’une extension pour navigateurs est actuellement à l’étude, elle permettra de signaler du spam depuis un Webmail (comme Gmail ou Windows Live Mail)."

> Via Sur la Toile.

lundi 14 mai 2007

Enregistrements de la réunion Ars Industrialis du 12 Mai 2007 consacrée à l'éducation et à l'attention


Grâce à Christian Fauré, et pour tout ceux qui, comme moi, n'ont pas pu être présents à la dernière réunion d'Ars Industrialis du 12 Mai dernier, vous pouvez maintenant l'écouter en ligne, et ainsi vous individuer psychiquement et collectivement grâce à ce que l'on peut décrire comme des technologies de la mémoire ou "hypomnémata".

Rappellons que cette manifestation était consacrée au rôle majeur que peuvent et doivent jouer les établissements d'enseignement dans la formation et la lutte contre la destruction programmées de l'attention, notamment chez les plus jeunes et les plus démunis, et pour laquelle j'avais fait une annonce accompagnée du texte de préparation. Celui-ci devrait d'ailleur bientôt devenir une pétition à faire circuler largement.
Plus précisément, le thème de la journée était “Éducation et instruments du savoir”.

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